| Les oeuvres reproductibles signées doivent l’être en quantités limitées ; les gravures, lithographies, sérigraphies, moulages, photos, prints, vidéos... ont donc un numéro d’exemplaire au sein du tirage qui est porté sur l’œuvre elle-même ; par exemple : 6/20. Pour l’artiste comme pour le collectionneur, une gestion modérée et honnête s’impose de ce nombre d’exemplaires caractérisant l’oeuvre dite multiple. Un bon exemple : cette image numérique printée de Marie-Claire de Filipi, a été limitée à un seul format et 10 exemplaires (8 + 2EA) ; toutes les définitions d’une "oeuvre originale" sont respectées, ainsi que le respect du collectionneur. oeuvre de "DEFI", Etude, 2007 .... (courtoisie DEFI) .... clic=zoom |
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Une question délicate :
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> sommaire fiches pratiques |
Voir aussi nos conseils pratiques en fin d’article.
> pour les oeuvres sur papier (estampes et prints) la reproduction peut monter de 30 à 3000 exemplaires... selon la fantaisie, l’ambition de l’artiste, la technologie ou l’époque (les tirages anciens sont plus limités que les récents).
Soyons clairs : tirer au-delà de 100 sort du raisonnable honnête ; ceux qui ne résistent pas à le faire, s’imaginant vendre plus, oublient cette vérité : les ventes ne dépendent pas du nombre d’exemplaires mais du nombre d’acheteurs !
Inversement : plus le tirage est faible, plus la valeur unitaire est grande car l’oeuvre ayant des chances de s’épuiser, la cote du tirage augmente par effet de rareté.
En pratique :
- donnez plus de valeurs aux oeuvres faites par des procédés demandant de la main d’oeuvre, comme les lithographies, linotypies, etc, que ceux techniquement faciles et moins chers à réaliser comme les sérigraphies et surtout les prints
- préférez, et de loin, les tirages respectant la définition juridique du terme "original" (voir ci-dessous) ; même si cette définition est contestée, elle a l’avantage de proposer une limite basse.
> pour les vidéos, les photos et oeuvres numériques, le nombre d’exemplaires est difficile à contrôler du fait de la reproductibilité parfaite et infinie des fichiers informatiques. C’est un vrai problème pour ces médias, les collectionneurs photos par exemple viennent à préférer les vintages (donc argentiques) moins élevés en nombre et difficiles à détourner. Certains tentent de faire passer l’idée que la duplication non contrôlée est un concept "moderne" bien accepté par les jeunes : oui, à condition que la baisse des prix suive en proportion ce qui n’est pas du tout le cas, cela s’inscrit dans la tendance marketing à faire passer n’importe quel bidule pour un "collector" ; or le marketing sert le vendeur, rarement l’acheteur...
En pratique : pour ces nouveaux médias, soyez aussi rigoureux que pour les autres, sinon, n’achetez pas ou alors au prix d’une affiche de qualité...
> pour les sculptures c’est le procédé qui conditionne beaucoup la reproduction, aussi les tirages de bonne qualité dépendent des techniques : 15 (bronzes...), 100 (plastiques...) ; l’avantage est que la destruction de l’original (ou du moule) et son origine sont plus faciles à vérifier, ce qui garanti mieux l’authenticité. Il faut distinguer les fontes d’origine (ou anciennes) vérifiées par l’artiste de celles faites après son décès, qu’on appelle fontes d’édition, qui peuvent aussi être de bonne qualité lorsqu’elles émanent des moules d’origine (alors en passant vous noterez que le moule n’avait pas été détruit...).
En pratique : les oeuvres les plus prisées portent une double signature : celle de l’artiste et celle du fondeur (ou au moins son poinçon ou son estampille pour un imprimeur) ; très difficile de faire un faux avec certificat dans ces conditions.
Sachez distinguer le droit et la pratique :
1°
cette liste donne les limites juridiques françaises des tirages qu’elle reconnait entre originaux et multiples (les taxes diffèrent) ; si vous voyez des exemplaires signés allant bien au-delà, ils n’ont évidemment pas la même valeur, puisque la rareté est un des facteurs conditionnant la valeur d’une oeuvre
2° une oeuvre dite "originale" au sens de l’artiste est celle créée spécifiquement pour le média qui supporte ses tirages ; une litho qui reproduit un tableau (celà existe...) n’a rien d’un original, même signée !
Bien sûr les multiples les plus recherchés sont ceux qui réunissent les deux définitions, c’est toute la différence entre un "original" et une "reproduction".
Il peut ainsi y avoir confusion sur le terme "original" au sens juridique et son utilisation par les professionnels ; la Chambre Syndicale de l’Estampe s’accomode de la 2° définition qui ne limite pas le nombre d’épreuves mais se concentre sur la façon dont est conçue l’oeuvre (voir cette Charte). Nous ne pouvons être d’accord de mettre au même niveau d’originalité une épreuve venant d’un tirage inférieur ou supérieur à 12 (20, 50, pourquoi pas 100 ou 300, c’est courant...), mais approuvons tout à fait le rappel que fait la Chambre des risques et mauvaises pratiques, que nous dénonçons aussi en vous en informant.
| tirage maxi original | technique ou médium | remarques |
| 1 | peinture, dessin, aquarelle... | - |
| 1 | céramique peinte, laque... | - |
| 8 + 4 EA | estampe de toutes techniques | EA = épreuve d’artiste |
| 1 | sculpture brute, taille directe | bois, fer, terre, béton... |
| 8 + 4 EA | sculpture en moule, fonte, moulage... |
métaux, plastique... |
| 8 + 4 EA | émail peint... | - |
| 30 | photo argentique | le négatif ne compte pas ; retirages inclus |
| 8 + 4 EA | "print" informatique | - |
| 8 + 4 EA | vidéo, photo numérique, création numérique printée | coffret signé + certificat |
Vous pouvez faire une "copie privée" d’une oeuvre (si vous en avez les moyens techniques ou sachez la sous-traiter)
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La manière dont l’artiste aborde la question du tirage, son éthique, conditionnent énormément la valeur de son oeuvre multiple. Pour illustrer, prenons ces deux monstres de l’art, tout aussi productifs mais qui se sont commercialement comportés de manière diamétralement opposée : |
> Pablo Picasso a produit des lithographies en collaboration de l’éditeur Fernand Mourlot (célèbre atelier à Paris, qui existe toujours, repris par la maison Idem) en 50 exemplaires numérotés et aussi annotés aux initiales de l’éditeur ; ces tirages ont été de qualité exceptionnelle, l’artiste y ayant accordé une grande attention allant jusqu’à exiger une dizaines d’épreuves pour arriver au résultat final, étroitement surveillé par lui-même ; que de telles pièces aient été estimées de 10 à 30’000 € dans une vente en 2003 est normal ; Matisse a eu la même démarche avec son livre "Jazz", très coté.
> Salavador Dali lui, d’un geste provocateur délibéré mais certainement pas dénué d’intérêt, a carrément signé des dizaines (au moins) de feuilles blanches avant que son éditeur ne les passe sous presse, donc sans réel contrôle de l’artiste ; des mauvaises langues disent que l’éditeur en aurait un peu profité, celui-ci affirme que non, ce raccourci étant nécessité par l’impossibilité de retenir le maître sur place pour les signer après contrôle ; qu’importe : le mal est fait et la rumeur de faux courre encore... Alors acheter des lithos de Dali même signées devient une imprudence au-delà de quelque 1’000 €.
Mais pourquoi l’artiste fait-il des multiples ? Pour plusieurs excellentes ou mauvaises raisons, à vous de juger :
> faire de l’argent ; ce cas se remarque à une grande production peu novatrice (le pire : la reproduction d’un tableau sous forme lithographique à grand tirage)
> diffuser son art à d’autres couches sociales que les collectionneurs fortunés, atteindre de jeunes amateurs, illustrer un livre, créer un livre d’artiste ; c’est ainsi que quelques galeries font la promotion de multiples de qualité produits spécifiquement par des artistes parfois connus : au moins, au lieu d’avoir au mur une affiche ou un poster, vous vous distinguez en y plaçant une oeuvre d’art juste un peu plus chère
> participer à une action sociale (décoration d’un hopital...), carritative (aider une ONG en lui reversant les gains) ou promotionnelle
> expérimenter différents médias, différentes techniques et y donner le meilleur de son art ; cela se remarque par des oeuvres très étudiées, particulières, où le style de l’artiste évolue. Les multiples issus de cette démarche peuvent avoir une grande valeur ;
par exemple Soulage a eu une très faible production de lithographies, mais ce sont des oeuvres créées pour ce medium ; la Grande Bibliothèque de France les a toutes rassemblées en une exceptionnelle et superbe exposition en 2004.
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Les mauvaises pratiques sont rares, mais soyez informé des abus de langage :
> si une estampe, une photo ou une sculpture se voit demandée après épuisement du tirage d’origine, la tentation est forte de continuer, ce qui est anormal car la planche, le moule ou la plaque d’origine devrait être détruite ; les "oeuvres" ainsi reproduites sont de faible valeur, même si elles sont belles à voir.
Dans ces cas il faut nuancer votre raisonnement : si le prix est raisonnable et que vous êtes conscient de ce qui se passe, rien à dire ;
exemple : une belle copie en bronze d’un merle de Claude Lhoste signé se trouve aux Musées Nationaux pour 100 €, prix raisonnable car les originaux valent 50 fois plus. Mais si une photo originale normalement limitée en nombre ET format, vous est proposée à Nx100 exemplaires dans N formats différents, c’est un procédé à la limie de l’honnêteté si le prix est élevé : cette soi-disant "oeuvre" n’a pas plus de valeur qu’une reproduction découpée d’un livre d’art et placée sous cadre... un peu plus si l’artiste la signe, mais ne parlons pas d’original...
> sans aller jusqu’à retirer, les bénéficiaires d’un artiste décédé peuvent tenter d’exploiter le filon en repoussant la limite du tirage en partant de la gravure d’origine ; même si la propriété est légitime ce ne sont en aucun cas des originaux mais des copies tardives (non signées bien sûr) ; il faut pour émettre une copie pouvoir exploiter les gravures ou les moules d’origine, sinon l’affaire est claire : c’est une "reproduction" de peu de valeur voire un faux
cette Nana inspirée de celles de Nikki de Saint-Phalle est plutôt gonflée !
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> les faux qui circulent sur le marché ne concernent en principe que des artistes chers ; mais attention au risque d’abus provenant soit de l’artiste soit de sa famille soit de marchands ; exemples : Dali, bien surnommé "Avidadollars", a signé des centaines de planches vièrges et a laissé se reproduire des bronzes sans contrôle (mais pas sans revenus...), Wahrol a fait imprimer des milliers de sérigraphies par ses assistants de la Factory (si bien nommée...), Picasso faisait des quantités d’épreuves non signées d’étude d’une estampe finale, car lui ne les considérait pas comme étant l’oeuvre finale, mais néanmoins certaines ont été mises sur le marché sans son consentement (résultant de fonds d’ateliers, etc) > les éditions d’origines sont parfaitement légitimes, car elles partent de moules d’origine AVEC l’autorisation de l’artiste (ou une cession de ses droit à un tiers) ; c’est le cas d’ateliers ayant travaillé pour un artiste et dont l’estampille a été agrée par lui ou ses ayant droit ; elles doivent donc être estampillées ou recevoir un poinçon qu’il faudra bien sûr savoir reconnaître, et comporter la marque du tirage ; elles ne sont évidemment pas signées ; c’est le cas par exemple pour les céramiques de Picasso, les bijoux de Braque, les lampes Daume... |
> il n’y a pas de "retirage original", même en photo ; il peut y avoit un "retirage posthume original" : pour un bronze il sera fait à partir du plâtre original (et non pas d’un autre bronze), AVEC l’accord de l’artiste ou de ses descendants, toujours dans la limite de 8 + 4 exemplaires
> les bénéficiaires peuvent légitimement exploiter une marque déposée par l’artiste ; exemple : le fameux bleu d’Yves Klein, qu’on retrouve dans des objets dérivées postérieurs à l’artiste qui, évidemment, ne doivent pas être confondues ne serait-ce que de loin avec ses oeuvres d’art
> il est dangereux de faire passer pour un procédé à tirage limité une impression informatique : jet d’encre ou de pigments, car il n’y a aucune limite à la reproduction d’un fichier informatique ; de plus ces factures dépendent de l’outil d’impression et des supports donc doivent être vérifiées et approuvées par l’artiste. Le problème est qu’elles peuvent être techniquement réalisées par un sous-traitant de l’artiste ou même par un pirate, ceci à grande échelle ; on peut envoyer une copie du fichier original par internet, qui peut être reproduit par n’importe qui, n’importe où ; cette question est nouvelle puisqu’un moule, une plaque d’estampe ou un négatif photo ne peuvent être reproduits aussi facilement par le grand public
> autre astuce plutôt limite : faire des variantes d’une oeuvre pour créer d’autres originaux numérotés correctements ; exemples : changer de format, ajouter un écrit sur l’oeuvre... ; si le procédé de tirages spéciaux limités est habituel en littérature, il ne vise pas à multiplier des originaux (la notion n’existe pas) pour gagner plus sans effort, mais à valoriser quelques exemplaires : nuance...
En pratique : partez du principe qu’une oeuvre résultant d’un procédé artisanal à tirage limité (comme l’est une gravure qui nécessite le contrôle direct de l’artiste) a toujours une valeur bien plus grande qu’une produite par un procédé industriel, ceci quoi qu’en disent l’artiste ou le marchand : à long terme c’est le marché qui est juge et notamment la confiance qu’ont les collectionneurs. Il vous faut réfléchir pour apprécier si l’oeuvre présentée a pu ou non être contrôlée par l’artiste lui-même, ou dans un niveau moindre par l’atelier qui a produit l’oeuvre originale en collaboration avec lui. Ayez au moins un certificat le prouvant.
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Vérifiez le marquage de l’oeuvre :
> un original doit comporter, outre la signature et la date, son numéro au sein du tirage : 4/8 par exemple, ou pour une épreuve d’artiste : 3/4 EA (et non pas seulement EA comme nombre d’artistes font, à tort car les autres doivent être détruites)
> une copie doit être signée, datée, et comporter ces mêmes numéros mais moins limités en tirage maximum (mais refusez d’acheter des tirages trop élevés, notamment au-delà de x/300)
> dans certains cas où la technique demande des compétences exceptionnelles (tapisserie, fonte...) il est préférable que l’atelier soit mentionné et que son estampille ou poinçon y figure ; s’il est célèbre, c’est un "plus"
> il arrive qu’une copie en nombre ou une reproduction par une technique automatisée soit signée par un artiste, par amitié, pour une oeuvre sociale, voire par légèreté ou cupidité, une telle "oeuvre" n’est pas un original ; elle aura une survaleur de curiosité par rapport à une copie non signée.
| Pour les duplications informatiques, refusez d’acheter une reproduction à un prix supérieur à celui d’une affiche (de même pour un DVD ou des photos non signés), c’est à dire quelques dizaines d’Euros, sauf si elle émane directement d’un artiste coté qui la signe, en limite le tirage et fournit un certificat. |
Si vous avez un doute sur l’authenticité d’une estampe venant d’un artiste connu décédé, du fait de la relative facilité de reproduction et de son absence dans le catalogue raisonné, ce doute doit se traduire en terme de risque dans le prix que vous devriez payer ; la situation ne s’améliorera pas avec les nouveaux médias du fait de la facilité actuelle de copie ; c’est un frein pour le collectionneur.
L’achat est aussi une question de confiance : préférez un vendeur connu, la présence d’un certificat d’authenticité ou, au minimum, de vente, ne payez pas en liquide et soyez extrêmement prudent avec les ventes en ligne publique, sans professionnel de l’art derrière, sans autre intermédiaire que le fournisseur de données sur internet (surtout situé hors de la juridiction française).
Certes, le plus important est que l’oeuvre que vous convoitez soit celle que vous aimez. Mais il vous faudra bien gérer un compromis entre le coeur à gauche et le porte-monnaie à droite ; voici quelques réflexes que vous devriez avoir :
> le "bon tirage" est un compromis entre un bas prix grâce à un tirage élevé et un prix élevé d’un tirage limité selon la définition juridique de l’original (une des plus sévère du monde)
> si l’oeuvre est vraiment chère, assurez-vous que la plaque métallique d’une gravure, le moule d’une sculpture, etc, soit bien détruits (assurance bien difficile à obtenir...)
> faites signer par le vendeur un certificat portant : auteur, titre, date, origine, numéro du tirage, tirage, dimensions exactes, date de la vente
> pour une oeuvre rare et/ou de grande valeur (il existe un haut marché des multiples rares), obtenez aussi l’histoire de l’oeuvre : expositions faites, précédentes ventes, précédents possesseurs, anecdotes qui y sont liées
> pour elles également : demandez de voir le catalogue raisonné sinon le catalogue d’une exposition ou une revue la mentionnant, vérifiez le texte explicitant le tirage ; en cas de doute consultez un expert
> c’est pour toutes ces raisons difficiles à concrétiser que beaucoup de grands collectionneurs font confiance à un marchand d’art ou à un galeriste dont la "signature" est reconnue ; si vous n’avez pas une telle relation, n’achetez pas une oeuvre importante sans obtenir ces éléments sinon faites très fortement baisser le prix afin de compenser cette prise de risque : à vous de juger, à partir d’un certain prix, le coeur ne doit conduire seul la transaction.
Et bien sûr, en définitive, ces considérations ne doivent pas primer sur votre envie d’art, qui doit rester dans le monde du rêve !
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