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photo... "plasticienne"
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une "mauvaise photo" tremblée, la tour de Pise est-elle en train de s’écrouler ? L’approche de Corinne Vionnet est très originale : elle collecte sur internet des centaines de clichés pris par les touristes, les recentre et les superpose. Elle a fait de cette façon un tour du monde sans quitter son ordinateur.
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> question : les Becher sont Pompidou et pas les autres, pourquoi ?
> réponse : car les uns font de l’art et les autres pas !
Tous les genres existent en photographie contemporaine : reportage, publicité, science, art... Ces clichés peuvent être intéressants, beaux, choquants, amusants et peuvent justifier de belles expositions. Mais ce n’est de l’art que s’ils sont le produit d’une démarche artistique.
On a vu en 2004 à la MEP une collection de photos d’immeubles qui, si elle intéresse historiens, nostalgiques ou curieux, n’a pas de rapport avec la collection artistique présentée par Bernd et Hila Becher à Pompidou (voir plus loin).
du mixage à la confusion |
généralement les expositions de photo et d’art se tenaient dans des lieux différents, par exemple : les unes à la Maison Européenne de la Photographie, les autres au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris et s’adressent à des publics distincts. Les choses étaient claires.
C’est désormais moins le cas, les amateurs d’art et les artistes s’intéressant aux deux. Alors le public peu expérimenté ne sait plus exactement à quoi s’en tenir.
La mobilité contemporaine pousse au mélange des différents arts plastiques : le Jeu de Paume exposait en été 2005 à la fois Charly Chaplin et Tony Ousler (dans des salles séparées) ; la Fondation Cartier fait souvent de même.
Quant aux salons, s’ils titrent encore clairement leur secteur (Paris-Photo / Fiac), ils opèrent en fait aussi ce brassage des genres : par exemple Chic Art Fair, une grande foire Off de la Fiac née en 2010, s’étend aussi à la photo (et au design), considérant que ces publics se recouvrent.
Alors un des effets est de renforcer la confusion entre art et non-art. Le commerce y a joyeusement contribué et certains amateurs ne savent plus s’il achètent de l’art ou des objets de collection.
Notez que c’est actuellement la même situation avec le design !
l’influence du marché
le marché est soumis à des phénomènes de mode ; précisément celle de la photo perdure et aura révélé des abus que vous devez connaître : |
pourquoi les photos sont-elles si chères ? |
> les prix sont parfois très élevés, alors qu’il s’agit tout de même de multiples !
> les appellations comme les tirages sont parfois à la limite de l’escroquerie ; par exemple une oeuvre d’art "originale" doit doit être limitée juridiquement à 8 exemplaires, mais une photo peut l’être à 30, d’où une tentation...
> combien de photographes dotés d’un don réel, excellent professionnel, se sont vus canonnisés "artiste photographe" par quelques marchands, sinon par eux-mêmes ?
> certains appellations sont mal comprises du public, or elles conditionnent la valeur d’un cliché : vintage, retirage, tirage, etc.
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Le tri commence à se faire parmi les auteurs comme les genres, mais certains collectionneurs sont méfiants envers la photo contemporaine ; donc, restons vigilants !
Laila Muraywid : Dreams sometimes lose their smell, 2010
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la photo d’art résulte d’une quête artistique
> La photo d’art (ou "photo plasticienne") est un moyen d’expression artistique parmi d’autres. |
Gustave Le Gray a dit en 1852 : |
De nombreux artistes contemporains utilisent le media photo comme un de leurs outils, leur but étant d’imaginer une image qui traduise un sentiment ou une recherche esthétique particulière.
Revenons aux Becher ; ils composent une collection comme Bach aurait composé une suite : définition du but (témoigner d’une époque européenne), cohérence de la démarche (choix précis des sujets, traités d’une même manière) et de la composition des oeuvres entre elles (des panneaux par genres) ; si l’historien ou le nostalgique voit une collection d’objets urbains en abandon, l’amateur d’art y trouve en plus un dessin du monde.
le cliché "instantané" résulte de l’invention de l’appareil portable Leica 24x38 en 1925, libérant le photographe des chambres qui impliquaient la pose, à l’instar de la peinture en tube qui a sorti les peintres de l’atelier ; la différence essentielle est que les peintres, en plus, ont inventé l’impressionnisme, alors que les photographes empruntent leurs images : l’une est création, l’autre est révélation.
Si des Lartigue et Cartier-Bresson ont profité de ces progrès, ont eu les premiers le génie de l’instant volé, pressenti ou provoqué, on ne peut les comparer aux millions de clichés pris dans le monde en rafales d’1/3 de seconde par des robots, clichés qu’il suffit de choisir ensuite : statistiquement il y en aura toujours un de génial.
La technique numérique alliée à un traitement photoshopé peuvent produire des images sublimes, mais pas forcément artistiques. Beauté n’est pas systématiquement art, mais à l’inverse, les très grands formats photos qui se généralisent sont aussi un moyen pour l’artiste photographe de s’approcher de la peinture.
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cette éthique, cette modestie, existe chez des reporter de terrain, souvent les plus grands ou ceux qui y ont risqués leurs vies, mais aussi chez des photographes esthètes, comme Jean-François Bauret : "les photographes pensent souvent qu’ils sont des créateurs, ... mais ils sont souvent les récepteurs d’une émotion ou d’une vibration qui vient vers eux ; ils doivent s’effacer comme le metteur en scène qui laisse au comédien son espace vital" ; bien sûr, c’est un réel talent que de savoir montrer ces vibrations.
une frontière floue |
la séparation n’est pas nette entre l’artiste photographe qui crée au sein d’une démarche artistique, et l’artisan photographe qui s’appuye sur sa maîtrise technique et sur son observation. Certains font parfois l’un, parfois l’autre.
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> ainsi, ce photographe contemporain dont l’oeuvre est hétéroclite, allant du reportage à la composition ; la photo de gauche se place dans l’art car l’utilisation faite des spots verts sur une prise de vue travaillée comme en studio a pour but de "magnifier la fantasmagorie du commerce de masse, dont les acteurs rappellent des fantômes en plastique venus d’un autre monde") ; celle de droite, splendide, appartient au reportage |
Jiri Krenek (prix Talentinum 2001, Grand Prix du Salon de l’auto à Paris 2003, deuxième prix Jaromir Funke 2003) est un jeune tchèque qui se libère de savoir dans quel genre il se place quand il travaille (courtoisie CCTchèque Paris) |
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> exemple connu : Martin Parr se place tantôt dans le témoignage (séries grinçantes sur les anglais), tantôt dans l’art (il fait aussi des installations), tantôt mélange les deux (ses autoportraits qui ne le montrent pas lui-même bien qu’il figure partout, montrent ce "partout" où il évolue).
> ou Thomas Ruff qui, il y a 20 ans, a fait de grands portraits de gens impénétrables ou d’immeubles sans âme, images classiques ; puis il est sorti de ce style documentaire pour étudier la perception de l’image ; sa démarche alors se place en avant de l’image (qui provient de n’importe où, piquée sur internet...), celle-ci ne faisant que traduire cette recherche : il s’agit de mettre une distance entre l’image et la réalité, pour montrer que certaines images ne reflètent pas une vérité, mais viennent d’un artifice ; on n’est plus ici dans la photo pure, mais dans l’art ; un de ses procédés est la multi-pixelisation >> |
clic = zoom et découvrir le traitement effectué
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<< ou encore Franco Fontana qui a réussi avec ses Landscapes de véritables oeuvres abstraites minimales, par une recherche notamment sur le cadrage
clic=zoom(courtoisie Cotroneo Italie) |
comment distinguer un artiste d’un artisan photographe ? |
soyons clairs : pour nous le terme artisan n’est pas péjoratif mais au contraire exprime le savoir-faire.
Sont des artisans photographes par exemple ceux qui font de "belles photos", techniquement parfaites, mais qu’il vous semble possible de faire vous-même si vous en aviez l’expérience, les moyens techniques et financiers et marketing. Comme les artistes, il y en a de prestigieux mais aussi de mauvais et prétentieux à qui il faudrait rappeler ce mot d’un photographe célèbre : "même un singe peut prendre des photos"... Il veux dire que tout le monde peut prendre des photos mais tout le monde n’est pas "photographe" !
Distinguer l’artiste de l’artisan (donc, au sens noble du terme) est subtil ; il semble vain de créer des catégories, chaque cas étant spécifique
> Alain Servais, grand collectionneur d’art, différencie la photo documentaire de la photo d’ar : "je me demande ce qui me touche devant l’image : le sujet ou le traitement du sujet" [interview Techninkart, oct 2012]
> Marta Gili, directerice du Jeu de Paume Paris : "je pars du postulat qu’on peut regarder une photo en surface, en entrer à l’intérieur ; c’est cela qui m’intéresse..." [interview Techninkart, oct 2012]
> Charles Chadwyck-Healey, grand collectionneur de photos, relativise lui-même sa passion (interview Les Echos 21 mai 05) : "la photo est créative mais ne peut se comparer à la peinture qui se conçoit à partir de rien" ; il signifie ainsi la prépondérance de l’imagination sur l’observation
> un autre grand collectionneur disait : "n’importe qui peut faire une bonne photo en prenant son temps, mais le grand photographe se distingue par sa capacité à ne faire que de bonnes photos"
> Agnès B, grande collectionneuse, a dit : "la photographie est seule capable de rendre l’instant unique et essentiel via l’instantané", qui révèle une émotion que l’oeil n’a qu’à peine perçue et qu’il peut alors contempler à son aise ; Cartier-Bresson lui-même disait : "nous jouons avec des choses qui disparaissent" ; ces acteurs saluent ainsi le talent rare de pressentir et révéler l’instant magique, "l’instant décisif", ou de "flagrant délit" disait Cartier-Bresson
> citons Catherine Millet qui, dans le célèbre "Art Contemporain en France" (fin 2005), précise en avertissement : "comme il faut bien imposer des limites à l’étude d’un art qui ne cesse de les repousser, la photographie n’est prise en compte ici que lorsqu’elle intervient dans le "monde de l’art’"
> et cette dépêche de l’AFP citant David Hockney (un peintre figuratif qui a aussi composé des mosaïques de photos au sein d’un tableau) : "j’ai exploré la photo (car) c’est la façon dont des gens voient le monde (...), mais cela m’a toujours ramené à la peinture".
> le travail à partir de photos peut être un puissant moyen d’expression poétique ; Sarah Moon crée des photos et vidéos narratives qui sont autant de contes merveilleux ; sa jeune protégée Ophélie Asch compose avec des négatifs monocolors superposés qui forment des paysages oniriques
> actuellement par la transversalité des arts contemporains, le passage de reporter-photographe ou photographe de mode à artiste est fréquent, dans les deux sens et de manière alternée ; un cas célèbre est David LaChapelle, démonstration par cette exposition
| > les photos de Sebastiao Salgado sont des scènes de reportage social issues par leur eshétique au niveau d’oeuvres symboliques de la misère sanctifiée, disent certains, mais simplificatrices répondent d’autres : polémique qui montre bien qu’elles sortent du reportage brut | "la photo documentaire est une chose, la photo artistique en est une autre" [Emile Puyo, fondateur du Pictorialisme français 1904] |
> comparez ces deux célébrités apparemment proches :
- les images gigantesques de Thomas Struth sont célèbres par sa totale maîtrise : observation du sujet, prises de vues, cadrages, lumière... tout ce qui concourt à la révélation sublimée du sujet ; ces oeuvres appartiennent au témoignage
- Andreas Gursky, s’il crée des vues qui ressemblent à priori à celles de Struth, a une démarche plus créatrice : partant de vues combinées prises à partir d’échafaudages (par exemple), il retouche subtilement l’image finale sur ordinateur pour accentuer les effets de foule afin d’exprimer une force, une densité
> Depardon dans les années 80 prenait des clichés qu’il commentait par de courts textes ; cette sorte de narration figurative se situer à mi-chemin de la création et du reportage
> pour les contemporains : les intéressants clichés de Bruce Davidson, Stephen More ou Nan Goldin qui joue sur le scandale, relèvent du simple témoignage, pas de la création ; ils sont empruntées à la vie
| En conclusion : muni de ces quelques valeurs, à vous de juger si l’image convoitée résulte plus d’une démarche créative ou d’une démarche technique et esthétique, donc si elle vaut bien le prix demandé selon son tirage ; et le fait même que vous vous posiez la question vous permettra de mieux l’évaluer | Pierre Keller, directeur flamboyant de l’ECAL mais aussi artiste discret, interrogé en 1994 lors de son exposition d’agrandissements issus de polaroïdes : "si appuyer sur un bouton c’est être photographe, alors je suis photographe" ! |
même le fisc fait la distinction ! |
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car il existe une instruction de 2003 qui distingue une oeuvre photographique artistique et les clichés de reportage, et qui régit le taux de TVA applicable ; il faut que le cliché soit reconnu comme une oeuvre "qui porte témoignage d’une intention créatrice manifeste de la part de son auteur". Bien sûr se pose la question des critères et du jugement de cette intention, mais une photo de reportage "porte-t-elle une intention créatrice manifeste" ? Pas plus qu’une photo de vos vacances ! |
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