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comprendre l’art abstrait !

 

Que faut-il y voir ? Rien !
Un tableau abstrait ne "représente" rien, par définition ; cette évidence reste parfois encore mal acceptée, par goût, par habitude, par formation. Une oeuvre abstraite s’aborde dans un esprit différent des oeuvres figuratives.

Question  : de qui est cette oeuvre => ? (voir bas de page)

 

 

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Comment aborder une oeuvre abstraite ?

Revenons un siècle en arrière : pourquoi en 1901 Monet, Renoir, Cézanne, Pissarro, Sisley, Degas se virent exclus de l’académique Salon des Artistes Français à Paris ? Car ils étaient les peintres "abstraits" de l’époque.
On leur reprochait de mal décrire les bâtiments, les paysages, les personnages : esquissés, colorés n’importe comment, sans respect des perpectives... : c’étaient de mauvais peintres !
Or ils montraient la lumière, ses vibrations, ses reflets, son imprégnation et effets de changement sur la couleur, sur les objets... : ils ont privilégié l’impression à l’expression ; ainsi :

 > n’y cherchez pas "quelque chose" de concret car, à l’instar de l’impressionnisme, il n’y a pas de "description".

André
Bernheim

( galeriste célèbre)

"l’abstraction laisse la possibilité de ne rien interpréter "

(interview Les Echos par Judith Benhamou-Huet)

 

Transposons dans l’époque actuelle : que font les abstraits par rapport aux impressionnistes ?
Ils montrent non des perceptions, mais directement des sentiments. Cet exercice est encore plus complexe et aborder une oeuvre abstraite l’est tout autant :
si un tableau impressionniste vous invite dans un univers de perceptions, un tableau abstrait vous invite dans un univers mental.

 

 L’impressionnisme vous place dans une situation : sa force est dans le rêve induit, comme une belle photo de plage évoque les vacances ; cette métaphore est de nos jours comprise par tous.
L’abstraction est plus intellectuelle, plus méditative ; elle est liée aux dispositions mentales du regardeur : elle suscite en vous des sentiments :
 laissez-vous aller à la simple contemplation, laissez venir les émotions.

Antony 
Tapies :
 

"pour commencer, se laisser porter par l’émotion ; ne pas s’efforcer de comprendre"

 

Les émotions qui sont les vôtres en regardant sont-elles celles de l’artiste lors de la création ? L’artiste veut-il vous transmettre ses propres sentiments ?
Pas forcément, plusieurs d’entre eux affirment que nous pouvons trouver dans un tel tableau ce que nous souhaitons, les sentiments étant trop personnels pour être imposés :
un tableau abstrait est un espace de liberté, pour vous y promener sans directive.

 

Bien sûr, de la part de l’artiste il y a une intention, un souhait, voire un message mais sa réception est personnelle ; par exemple si contempler un coucher de soleil est ressenti comme beau par tous, les sentiments qu’il anime en nous sont personnels : nostalgie, espoir, plénitude, inquiétude... :
> le tableau que vous contemplez vous appartient seul, à ce moment ; il se créé entre lui et vous une relation méditative personnelle et privilégiée.

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Trois déclinaisons de l’abstraction 

Parmi les multiples façons de peindre dans ce domaine, se distinguent : l’abstraction lyrique, géométrique, et décorative ; ces courants ne représentent pas toute l’abstraction mais sont historiquement omniprésents.

l’abstraction géométrique

  

Comme l’architecture, elle repose sur une organisation de l’espace, soit par des lois de construction édictées par les artistes, soit par simple recherche de pureté qui peut aller jusqu’au dépouillement complet, comme l’a fait Malévitch en 1910 en peignant un carré noir sur fond blanc.
Ce sont des approches formelles, des expériences qu’il a bien fallu faire pour aller jusqu’au bout de la démarche de coloriage d’un rectangle de toile ; de telles oeuvres peuvent être belles car pures, équilibrées et, par cette beauté dépouillée, susciter le calme, l’aboutissement, l ’accord avec soi, ou au contraire la nullité et le vide.

 

clic pour agrandir Arden Quin (courtesy CCHongrois)

Prenons par exemple la démarche d’un fondateur de l’art géométrique, Le Parc ; Jean-Louis Pradel l’a expliquée dans son livre magistral, et illustrée par cette planche où deux oeuvres composées selon une 1ère règle permettent d’en créer une troisième :
  avec : donne : (J-L Pradel,Le Parc,éd.Severini,95,p.43)

Quelques artistes : Mondrian et Malevitch pour les fondateurs, puis en Europe : Helion, Herbin, Gottfried Honegger, Nemours, Buren, Morellet, Venet... , ainsi que tous ceux du groupe Madi (l’image montre Arden-Quin, un des fondateurs) ; aux USA : Sol Le Witt, Barnet Newman, Donald Judd, Ellsworth Kelly, Frank Stella....

 

l’abstraction décorative

 

 

Le terme décoratif n’est pas du tout négatif : un décor peut être beau, autonome (indépendant de son environnement) ; il peut constituer une oeuvre à part entière mais n’a pas pour but de s’identifier à un concept autre qu’esthétique ; c’est un difficile exercice de style.
Par exemple une vidéo bâtie sur un algorithme mathématique peut être superbe et sentimentalement neutre. 

 

clic pour agrandir Guy de Rougemont (courtesy GMA)

 

Quelques artistes : Vasarely parmi les fondateurs, Poliakoff, ceux de l’art optique bien sûr et pour les actuels : Rougemont (ci-dessus), Toroni, Oelen... et certains artistes "numériques" comme Thomas Ruff.

 

l’abstraction lyrique

  

A l’opposé des précédentes, l’abstraction lyrique ne repose sur aucune loi et est destinée à susciter des sentiments, générer des idées. L’état d’âme de l’artiste, son caractère, le parcours de sa vie, les événements sociaux et politiques qui l’entourent sont les moteurs de son expression artistique : ces oeuvres sont donc signifiantes.
Il s’agit probablement de la plus profonde, la plus belle avancée de la peinture contemporaine ; elle a débouché sur quantité de variantes comme la peinture gestuelle (Pollock, Mathieu...), ou l’art informel (Fautrier, Hartung...).

 

clic pour agrandir Amaranth Ehrenhalt (courtesy Ehrenhalt)

 

Quelques artistes : Kandinsky comme fondateur ; mouvement refondé un demi-siècle plus tard aux USA : Kline, de Kooning, Motherwell, Rothko, Sam Francis, Joan Mitchell, Ehrenhalt (voir l’image ci-dessus)... puis en Europe : Bram Van Velde, de Staël, Mannessier, Bazaine, Lanskoy, da Silva, Fautrier, Fontana, Bissière, Atlan, Michaux, Hartung, Messagier, Hantaï, Zao Wou-Ki, Soulages, Debré... ; il y a aussi une forte parenté avec les expressionnistes abstraits, mouvement historique américain.

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L’abstraction aujourd’hui 

Il n’y a plus d’école ou de mouvement abstrait exclusif, mais des artistes qui s’expriment de manière figurative, ou abstraite, ou les deux à la fois ; banalisée dans le monde artistique, l’abstraction est devenue un style parmi d’autres, un mode d’expression qui coopère avec tout courant artistique.

 

Par exemple il n’est pas davantage possible de catégoriser comme purs abstraits des peintres "matiéristes" comme Fautrier, Tal Coat (Pierre), Tapiès... que des contemporains qui incorporent des signes ou des objets concrets dans un tableau relativement abstrait, comme Leroux (image ci-contre)... 

Christophe Leroux (courtesy Leroux) clic pour agrandir
 

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qu’en pensent les artistes ?

"Le charme que possède parfois la peinture absraite d’enchanter sans représenter"

 
(Jean Clair, ancien directeur du Musée Picasso, historien, écrivain, commissaire (Paris-Berlin 2005, La Mélancolie 2006)).
 

Laissons aussi parler l’artiste Kim En Joong, dont le style d’abstraction-lyrique est empreint de mystère :

" le monde est envahi d’images de figuration de toutes sortes"... ; il est "contaminé par l’image... ; tout est figuratif et il n’y a plus de place pour le mystère ; moi j’aime le mystère, je cherche un monde de mystère et je l’exprime dans ma peinture."
"Je ne peins pas des choses rationnelles... mais des sensations"... "ce n’est pas la peine d’être un intellectuel pour comprendre ma peinture."
"Expliquer sa peinture, quel supplice ! La sensation intime ne s’exprime pas, elle se vit ; n’expliquons rien, laissons sentir..."
 

Né en Corée, fils de calligraphe, Kim En Joong travaille à Paris et Vence, il est Père dominicain depuis 70 ; il expose dans le monde entier et crée actuellement les vitraux du Prieuré de Ganagobie en Hte Provence.

 

Extraits du livre
"Kim En Joong,
Fragments d’un
Monde Inconnu",
Ed.Cerf, 96
 

 

Voir aussi ses vitraux à la Chapelle Diocèse d’Aire et Dax, dans les Landes.

clic pour agrandir
(courtesy En Joong)

 

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 Jean-Marc Bustamante a développé dans sa série Panoramas(ci-contre, 99)... une technique qui l’a conduit à l’abstraction à partir de dessins crayonnés sans but, au feutre sur papier, qu’il a très fortement agrandis, puis reporté et sérigraphié sur pexiglass ; partant donc d’un geste non figuratif, presque hasardeux, il s’est distancé encore plus de la réalité.

 

  (courtesy J-M Bustamante)
clic=agrandir


 Jean-Marc Bustamante a représenté la France à la Biennale de Venise 2003 ; son œuvre a été montrée dans tous les grands lieux d’art d’Europe ; il est représenté par la galerie Ropac à Paris, où il travaille et enseigne aux Beaux Arts.

 

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